Défi rien de neuf : pourquoi je ne consomme plus rien (de neuf) ?

Défi rien de neuf : pourquoi je ne consomme plus rien (de neuf) ?

La semaine dernière, ma mère me rendait visite. On discutait de choses et d’autres. À un moment elle vérifie son téléphone et m’annonce qu’il y a des offres chez je ne sais plus quelle marque de vêtements. Sur ce, je lui dis « tu sais que tu peux te désabonner des pubs ». Elle me répond : « j’aime bien recevoir des mails, comme ça je sais quand il y a des soldes ou des rabais » Silence. Et elle ajoute : « ce n’est pas parce que tu ne consommes plus que personne ne doit consommer ». Silence. Sa phrase m’a fait l’effet d’une bombe.

Sans voix et un peu désarmée je réponds « mais maman, sais-tu pourquoi j’ai décidé d’arrêter de consommer des produits neufs ? ». Elle me répond que non. Petit moment de malaise. Elle me regarde, je la regarde et je me lance dans une longue explication de pourquoi j’ai fait ces choix-là. Complètement déstructurée, je saute d’un argument à l’autre, avec fougue et passion. Et puis, je me rends compte que j’en fait trop, que je pars dans tous les sens, que j’ai l’air d’une ado en crise et que ma mère me prend certainement pour une bobo avec une nouvelle lubie.

Je me reprends

« Ok Maman, je ne suis pas claire. Je recommence. Donc j’ai arrêté de consommer (du neuf) pour plusieurs raisons ». Boum. 1,2,3,4. Je fais ça short and sweet sans passer pour une révolutionnaire. Parce que clairement, pas grand monde ne les écoute ceux-là. Ma mère est beaucoup plus réceptive et je pense que mon message est passé.

Toute cette conversation m’a fait réfléchir. C’est vrai que je n’ai jamais expliqué le pourquoi du projet. Je suis tellement habitué à vivre comme ça, que je n’ai jamais pris le temps de correctement l’expliquer. Alors si toi aussi, comme ma mère, tu te demandes pourquoi je me prive d’autant de plaisir, voici mes 4 principales raisons.

 

Pour en savoir plus, sur le Défi “Rien de Neuf”, c’est par ici.

1. C’est écologique

 

Sais-tu ce que cache se cache derrière le nouveau jean que tu viens d’acheter ? Des colorants, des produits chimiques, des OGM, et des voyages très longs d’un continent à l’autre. Tout ça je ne l’avais jamais vraiment vu, jusqu’à ce que je ne vois plus que ça et que j’enchaine lectures et documentaires sur le sujet.

Sache que l’industrie du textile est la deuxième plus polluante après celle du pétrole. Tu te rends compte, ton beau jean tout neuf est juste un peu moins polluant que l’essence que tu mets dans ta voiture. C’est fou, non ? Et si c’est valable pour ton jean, c’est valable pour toute ta garde de robe. Oh misère, qu’ai-je fait pendant mes années folles de surconsommation de vêtements et chaussures ?

En plus de cela, nos habitudes de consommation ont changé. Tu as sans doute remarqué que tu achètes beaucoup plus de vêtements qu’il y a 10 ans ? Et si ce n’est pas le cas pour toi, sache que c’est le comportement de la majeure partie de la population des pays développés. En moyenne, une personne achète 60% de vêtements de plus qu’il y a 15 ans et les conserve moitié moins longtemps. En quelques années, on est passé de quelques achats ponctuels de vêtements neufs à des achats toutes les semaines. Ce phénomène s’appelle la fast fashion.

4 saisons vs 40 saisons

Avant, il y avait quatre saisons, maintenant il y en a des dizaines. Elles s’enchainent, sans prévenir, en nous poussant à renouveler notre stock rapidement. La météo n’est plus la raison de ces cycles, mais bien les modes. Tout cela implique de produire plus vite, et le moins cher possible. Parce que, évidemment, il faut quand même que ces vêtements tout beaux et tout neufs soient achetés en bout de ligne. Conclusion : les vêtements sont de moins bonne qualité.

Et pendant ce temps-là, nos armoires débordent de vêtements de mauvaise qualité, difformes après quelques lavages.

 

Voilà pour le topo. Mais revenons à mon argument écologique.

Je ne consomme plus des vêtements neufs parce que l’industrie textile est extrêmement polluante et rejette plein de choses néfastes, notamment dans l’eau et l’air, qui impactent directement de vrais personnes (dont nous – même si nous sommes parfois situés en bout de ligne), de vrais animaux, et de vrais endroits. Pourquoi est-ce que je mets l’accent sur le mot « vrai » ? Parce que même si la conception de nos vêtements se fait à l’autre bout du monde, loin de notre quotidien, l’impact est réel. Et il est réellement néfaste. Je ne veux pas te noyer sous les termes et les chiffres. Donc si tu veux plus d’infos tu peux regarder par exemple ce rapport, regarder le documentaire The True Cost disponible sur Netflix , ou encore lire cet article, ou celui-ci.

En plus des éléments toxiques rejetés dans l’environnement, l’industrie du textile demande l’utilisation de beaucoup trop de ressources. C’est le cas de l’eau par exemple. Saches que, pour fabriquer un tee-shirt, il faut l’équivalent de 70 douches. Et pour produire un jean, c’est 285 douches

 

Mais comment tout ça peut nous toucher ?

 

L’eau et l’air n’ont pas de frontières. Peu importe ce qui y est rejeté, on va à un moment être touché. Que ce soit par ce qu’on va respirer ou ce qu’on va manger. D’ailleurs, ce qu’on va manger aura certainement respiré, bu, absorbé ou existé dans des environnent pollués. Et dernière chose sur l’eau, sache qu’à chaque fois que tu laves un vêtement synthétique en machine, des microfibres plastiques vont dans les eaux usées. Malgré leur traitement en stations d’épuration, les microfibres ne sont pas filtrées et terminent dans les rivières et les océans. Donc même après leur achat tes vêtements ont un impact direct sur ton environnement.

Désolée, je casse l’ambiance. Je sais, je te fais culpabiliser. Mais attends, je ne te dis pas de te priver, je te dis juste que tu peux faire différemment (un peu de patience, je t’en parle à la fin de l’article). Parce que oui, même si tu penses que l’écologie est réservée aux écolos, ce n’est plus vraiment le cas aujourd’hui. On est tous concerné, parce qu’on a tous besoin d’air non pollué et d’eau propre pour vivre, respirer, boire et manger.

 

 

2. C’est anti-souffrance

 

Je vais encore faire ma rabat-joie. Alors je vais faire ça vite pour ne pas te perdre. Si tu veux plus d’infos, tu trouveras tout ce dont tu as besoin sur internet.

 

Comme je te l’ai dit depuis quelques années on produit plus de vêtements, et de moins en moins chers. Le tout dans des pays avec une main d’œuvre moins chère que dans les pays développés. C’est pour ça que tu peux t’acheter autant de vêtements à un prix aussi dérisoire. Alors oui, ça va t’aider toi parce que tu vas pouvoir éventuellement (si tu n’achètes pas trop) faire des économies pour ce poste de dépense-là. Par contre, dis-toi que tu contribues directement à un système basé sur des injustices sociales (travail rémunéré en dessous du salaire minimum, conditions de travail dangereuses et extrêmes, heures de travail trop importantes, travail d’enfants, exploitation des employés, mauvais traitements, etc.).

 

Humain + animaux = même galère

Et si les injustices se font au niveau des humains, elles se font aussi au niveau des animaux. Je te parle par exemple de fourrure ou de cuir. Il existe des élevages où les animaux sont créés uniquement pour leur fourrure. Leur existence se résume à vivre dans des cages minuscules, dans des élevages surpeuplés, sans lumière, sans aucune sortie extérieure, sans normes d’hygiène, pour ensuite finir dépecés. Et en bout de ligne, ils deviennent des vestes ou des sacs. Alors, là aussi, il se peut que cet argument ne te touche pas.

 

Mais malheureusement, ces matières animales-là vont aussi être touchées par les produits chimiques qui vont s’échapper dans l’air, l’eau et finir par être en contact à un moment avec ta peau.

 

Et si je paye plus cher, est-ce que le produit sera éthique ?

 

Contrairement à ce que je pouvais penser il y a quelques années, ce n’est pas parce que l’industrie du luxe te fais payer plus cher tes articles qu’ils sont éthiques. Le documentaire de Cash Investigation – Luxe : les dessous chocs– a bien révélé que ce n’était pas le cas. On se fait avoir sur toute la ligne. Les humains et animaux impliqués dans la conception des articles sont tout aussi mal traités qu’ailleurs. Mauvaise nouvelle, sorry.

Pause : ne jette pas tous tes vêtements ! La prise de conscience est toujours un peu difficile. Mais c’est ce que tu fais après qui est important. Patience, j’arrive avec les solutions pour sortir positivement de cette histoire.

 

 

3. C’est économique

 

As-tu remarqué que tu dépenses beaucoup plus qu’avant en vêtements, chaussures et accessoires ? La faute à qui ? Aux dizaines de modes annuelles, au bon marketing et aux publicités qui nous font miroiter des looks absolument incroyables, à prix mini. Résultat : on dépense de plus en plus et on a de moins en moins d’argent. Et ce, même avec des vêtements à prix réduit. Parce qu’au lieu d’acheter 2 pantalons par an à 100€  on en achète 6 à 39,99$. Et contrairement aux 2 pantalons de bonne qualité qui vont durer plusieurs années, nos 10 pantalons actuels vont s’épuiser au bout d’une année.

 

4. C’est plus équilibré

 

Mais a-t-on vraiment besoin de tout ça ? Quand ma mère avait mon âge, elle s’en sortait bien avec ces 4 jeans et ses quelques t-shirts, alors pourquoi moi j’ai ressenti le besoin d’en avoir beaucoup plus ? Ok, on a trouvé les coupables. Le marketing et compagnie. Maintenant que le diagnostic est posé, il suffit de changer et de se demander réellement quels sont nos besoins et d’agir en conséquence. Prépare-toi à des révélations. Qu’est-ce que tu mets vraiment ? Qu’as-tu porté la semaine dernière, celle d’avant, le mois dernier ? Normalement, si tu es comme tout le monde, tu as quelques vêtements préférés, que tu portes tout le temps. Conclusion : ton armoire déborde de trucs que tu ne portes jamais, qui ont diminué ton pouvoir d’achat, fait perdre du temps, et pollué la planète.

Maintenant que tu es conscient.e de tout ça, tu n’as plus besoin de surconsommer, tu peux simplement consommer selon tes besoins et le faire de manière écologique, éthique, économique et équilibré.

 

Une fin heureuse

Cet article, bien que rabat-joie, se termine bien. Si je ne consomme que très peu depuis presque 4 ans et que je m’efforce de consommer rien de neuf depuis cette année, dis-toi que je ne me prive de rien. Bien au contraire, j’ai une garde-robe qui me satisfait avec des vêtements que j’aime de manière égale et que je mets régulièrement. Je sais que la prochaine phrase est complètement subjective, mais je le dis quand même : je m’habille très bien ! Boum !

Pourtant presque l’intégralité de ma garde de robe provient de magasins de seconde main ou d’échanges de vêtements. Je ne me sens pas brimée ou privée de liberté en ne consommant rien de neuf. Au contraire, en consommant moins j’ai beaucoup plus de temps pour moi et mes projets personnels. En consommant différemment, j’ai beaucoup plus de pouvoir d’achat pour d’autres postes plus importants que des vêtements ou des chaussures. En consommant mieux, j’espère avoir un impact sur le monde dans lequel je vis.

 

Et enfin, je n’achète rien de neuf cette année parce que je veux aussi montrer que c’est possible de très bien vivre avec les ressources déjà existantes. De toute façon, tu as déjà tout ce qu’il te faut dans ta garde-robe. Même si tu ne t’en es pas encore rendu.e compte.

 

Pour terminer sur une note positive, le mot « neuf » ne rime pas forcément avec « néfaste ».

 

Dis-toi qu’il existe plein de marques locales, éthiques et écologiques qui produisent de très beaux produits. Oui, c’est plus cher que 9,99$. Mais dis-toi qu’en plus de ces trois variables, le produit est de meilleure qualité (et n’aura donc aucun impact néfaste sur ta santé). Il va également durer beaucoup plus longtemps. Donc au lieu d’acheter 4 t-shirts blancs chaque année à 9,99$, tu peux directement acheter celui  à 60$, qui lui durera plusieurs années.

 

Coluche avait bien raison : si on arrête d’acheter les produits problématiques, on n’aura plus besoin de les produire.

 

 

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4 réflexions au sujet de « Défi rien de neuf : pourquoi je ne consomme plus rien (de neuf) ? »

  1. Joli article ! Je partage ton point de vue sauf sur le dernier argument.

    Je me suis essayée à la slow fashion : des produits mal coupés, fragiles (coton écologique à laver à la main) pour un prix 3 voir 4 fois supérieurs à un produit classique.

    Alors payer plus cher pour un produit éthique d’accord, mais payer plus pour un produit de moindre qualité, pour l’instant je ne suis pas convaincue (je me suis tournée vers les friperies du coup).

    1. Merci Camille pour ton commentaire ! Effectivement, le mieux est de trouver des vêtements éco-responsables de bonne qualité.
      Tout comme toi, je me tourne principalement vers les friperies (et les échanges de vêtements).

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